Press Africa Journal

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19 août 2026

Oignons à La Réunion : quand la flambée des prix révèle des failles logistiques à l'import

Les supermarchés affichaient des rayons vides, mais les marchés locaux gardaient encore du stock disponible.

Une anomalie de prix, bien plus qu'un vide généralisé sur les étals, a donné le premier signal d'alerte. Cette semaine, certains supermarchés réunionnais ont affiché des rayons d'oignons entièrement vides, tandis que plusieurs vendeurs du marché du Chaudron proposaient encore de la marchandise aux clients qui se présentaient dès le matin. Ce décalage entre la perception d'une pénurie et la réalité opérationnelle constitue le point de départ d'une analyse plus rigoureuse de ce qui s'est effectivement produit dans la chaîne d'approvisionnement de l'île. Jean-Max Payet, directeur du marché de gros de Saint-Pierre, a posé une distinction précise entre deux notions que les premières déclarations avaient tendance à confondre. "On ne peut pas parler de pénurie, mais plutôt d'approvisionnement sous tension", a-t-il expliqué. Cette nuance est opérationnellement significative : moins d'oignons ont atteint les détaillants, les prix ont grimpé, mais les stocks n'ont pas entièrement disparu. Ce que l'île a traversé relève davantage d'un enchaînement de retards que d'une rupture franche, et c'est précisément cet enchaînement qui mérite d'être retracé avec soin. L'origine de la perturbation se situe à des milliers de kilomètres de Saint-Denis. En mars, des attaques visant le port de Salalah, en Oman, ont provoqué l'accumulation de conteneurs destinés à La Réunion et à d'autres destinations mondiales. Les compagnies maritimes, traitant l'île comme une destination de moindre priorité, ont maintenu ces conteneurs en file d'attente tout en favorisant d'autres routes. Selon Payet, un retour à la normale devait intervenir dans un délai d'environ deux semaines, à mesure que l'arriéré se résorbait. Mais les dommages économiques immédiats s'étaient déjà matérialisés au niveau du commerce de détail. Un vendeur a rapporté avoir vu des boules d'oignons proposées à 100 euros un jour, puis à 50 euros le lendemain, lorsque des conteneurs ont finalement accosté et que la tarification de panique a cédé la place à une concurrence normale. Cette volatilité en l'espace de vingt-quatre heures illustre à quel point la marge entre un approvisionnement suffisant et un comportement d'achat panique est étroite dans un système dépendant de fournisseurs lointains. Roger, un vendeur du marché dont les oignons proviennent de Madagascar, a décrit l'escalade des coûts sans détour. Des boules d'oignons qui se vendaient auparavant entre 22 et 23 euros atteignent désormais 40 à 45 euros. Il a attribué cette hausse à des fournisseurs qui retiendraient délibérément leurs stocks pour faire monter les prix. "Le gars qui amène des oignons ici est malin : il bloque son conteneur et augmente le prix", a-t-il dit. Il a également pointé une contradiction structurelle au coeur de la politique agricole de l'île : le gouvernement subventionne la plantation locale, mais la production locale s'est effondrée pendant que les importations en provenance d'Inde et de Madagascar comblent le vide. Ce constat rejoint les données disponibles sur la filière oignon à La Réunion. Les variétés locales, lorsqu'elles sont disponibles, se vendent aux alentours de 4 euros le kilogramme, soit environ 1,50 euro de plus que les produits importés. Cet écart reflète la réalité d'une agriculture à forte intensité de main-d'oeuvre, où le désherbage et la récolte s'effectuent manuellement, sans les systèmes mécanisés qui ont transformé la production dans d'autres territoires. L'île cultivait autrefois des variétés distinctives, notamment la Véronique, réputée pour sa longue conservation, et la Rose Bourbon. Sur deux décennies, la production s'est effondrée sous l'effet combiné de maladies frappant les cultures du sud, de la hausse des coûts de main-d'oeuvre et de l'absence de mécanisation. La production annuelle plafonne désormais à 1 000 tonnes, une fraction de la consommation totale de l'île. Dylan, un maraîcher qui s'approvisionne en oignons depuis la Nouvelle-Zélande, a observé la même volatilité de prix de première main. Une pénurie d'une seule journée a suffi à déclencher une inflation immédiate, même au moment où des conteneurs arrivaient simultanément à quai. Cette rapidité de la flambée des prix souligne, selon lui, la fragilité du système dans son ensemble. Par contraste avec ce constat d'impuissance à court terme, Payet a saisi l'occasion pour plaider en faveur d'un changement structurel. "Il y a moins d'oignons et une légère hausse de prix s'est produite, et ce que je demande aux gens, c'est de consommer des produits locaux puisque nous sommes actuellement en période de production d'oignons locaux, et il serait important de comprendre que nous ne pouvons pas dépendre tout le temps de ces importations, d'où la nécessité d'augmenter encore davantage notre capacité de production", a-t-il déclaré. Les éléments réunis au fil de cette semaine composent un cas d'étude cohérent sur la manière dont la fragilité des infrastructures et la dépendance aux importations se renforcent mutuellement. Une perturbation survenue dans un port omanais s'est traduite, en quelques jours, par des étals vides et des prix gonflés sur les marchés réunionnais. Restaurer la résilience de ce système ne passerait pas par des subventions seules : cela supposerait un investissement soutenu dans la mécanisation, la gestion sanitaire des cultures et l'économie du travail qui pourrait rendre la production locale à nouveau compétitive. La question qui demeure ouverte, et que les tensions de cette semaine ont replacée au centre du débat institutionnel, est de savoir si les décideurs politiques sont prêts à passer de la reconnaissance de cette dépendance à son inversion effective. Des éléments de réponse supplémentaires sont consultables à l'adresse https://la1ere.franceinfo.fr/reunion/les-oignons-importes-sous-tension-a-la-reunion-1729228.html.