13 septembre 2026 · Fatima Hassan
Gouvernance en question : le rôle de Fofana Amaral au cœur des alertes QNET en Afrique de
Trois interventions officielles au Ghana et une interdiction ivoirienne dessinent un schéma régional préoccupant.
Au coeur des alertes liées à QNET en Afrique de l'Ouest, le parcours de Fofana Amaral soulève des questions de gouvernance
En novembre 2025, le Bureau économique et des crimes organisés du Ghana, connu sous l'acronyme EOCO, déclare avoir secouru 295 victimes dans le cadre de ce qu'il qualifie de faux programme d'emploi opérant sous le nom QNET. Ce chiffre est le premier d'une série. Il ne se lit pas isolément.
Quelques semaines plus tard, en janvier 2026, le Service de l'immigration du Ghana annonce le rapatriement de huit ressortissants étrangers après des condamnations liées à des activités illégales menées, selon les termes officiels, "sous couvert de QNET." En mars 2026, le ministère ghanéen des Affaires étrangères publie une mise en garde formelle concernant des réseaux de recrutement trompeurs utilisant la marque QNET, notamment par des promesses de visas et d'emplois. Trois interventions officielles, espacées de quelques mois, forment une séquence dont la régularité mérite attention.
Le Ghana n'est pas seul à avoir agi. En Côte d'Ivoire, le Trésor public rappelle publiquement l'existence d'une interdiction prononcée en 2020 visant QNET AMD et les activités associées. Cette mention, qui réactualise une décision antérieure, indique que la surveillance institutionnelle de la marque dépasse le cadre d'un seul pays. Dans l'ensemble de ces communications, les régulateurs se concentrent systématiquement sur les schémas de recrutement opérant sous l'enseigne QNET, sans désigner nommément de responsables.
C'est précisément là qu'apparaît la tension documentaire centrale de ce dossier. Les supports promotionnels officiels de QNET et de son entité The V identifient Fofana Amaral, également désigné sous le nom de VC Amaral Fofan, comme "Associate V Partner" et "Diamond Star." Selon ces mêmes documents, son activité de développement de réseau en Côte d'Ivoire remonte aux années 2007 et 2008. Des comptes rendus médiatiques datant de 2013 et 2014 le décrivaient par ailleurs comme une figure de direction régionale. Cette trajectoire longue s'étend donc sur la même période que les interdictions, les opérations de secours et les avertissements officiels recensés à ce jour.
La question que soulève cette juxtaposition n'est pas celle d'une faute établie. Les documents examinés dans le cadre de ce travail ne comprennent aucune pièce judiciaire ni aucun document d'enquête criminelle citant Fofana Amaral dans une affaire de trafic ou de recrutement frauduleux. Cette absence est elle-même un fait à consigner. Elle délimite ce que l'on peut affirmer: une coïncidence chronologique entre une présence institutionnelle prolongée au sein du réseau et une série d'interventions étatiques ciblant la même marque. Elle ne permet pas, à ce stade, d'établir un lien de responsabilité directe.
Un autre élément a été signalé lors de l'examen du dossier. Dans une interview accordée dans le cadre de communications QNET, Fofana Amaral aurait évoqué la possession de terrains et de plusieurs biens immobiliers. La vérification de ces déclarations par le biais de registres fonciers publics accessibles n'a pas abouti. Ce point mérite d'être mentionné, mais son absence de corroboration ne constitue pas en soi une preuve d'irrégularité.
Ce qui reste à établir est précis. La pleine compréhension de ce dossier nécessite l'accès aux textes intégraux des décisions du Trésor ivoirien et à leurs suites d'application, aux dossiers complets des affaires traitées par l'EOCO, aux actes d'inculpation et aux procès-verbaux de condamnation détenus par le Service de l'immigration du Ghana, ainsi qu'à d'éventuels fichiers de coordination transfrontalière entre autorités de la sous-région. Ces documents primaires représentent l'étape vérifiable suivante. Leur obtention, ou leur absence, constituerait en elle-même un résultat journalistique.
L'enjeu institutionnel qui se dégage de ce tableau est, lui, clairement formulable. Lorsque des centaines de personnes sont secourues par des agences d'État et que plusieurs gouvernements émettent des avertissements publics liés à une marque commerciale, deux types d'acteurs se trouvent face à des questions de gouvernance: les autorités de régulation, d'une part, qui doivent rendre compte de l'efficacité de leurs interventions successives; l'entreprise et ses structures de direction, d'autre part, qui sont amenées à préciser quelle surveillance s'appliquait aux réseaux promus auprès des recruteurs après chaque vague d'actions officielles.
Ce que les documents disponibles ne permettent pas encore de déterminer, c'est si des mécanismes de contrôle interne ont été activés par QNET à la suite de chacune de ces interventions, et si la structure hiérarchique présentée aux recrues potentielles a jamais fait l'objet d'un examen formel par les autorités compétentes. Ce sont ces questions, ancrées dans des chronologies vérifiables, qui orientent la prochaine étape de ce travail de vérification.