Press Africa Journal

Reporting from the continent’s institutions

20 août 2026

Fuchs reçu à Tsimbazaza : une rencontre législative aux enjeux diplomatiques mesurés

Randrianasoloniaiko affirme la volonté de Madagascar de diversifier ses partenaires face à la délégation française.

Le mardi 18 août, Bruno Fuchs, président de la commission des affaires étrangères de l'Assemblée nationale française, était reçu à Tsimbazaza par Siteny Randrianasoloniaiko, président de l'Assemblée nationale malgache. Ce rendez-vous constitue le premier jalon documenté d'une séquence institutionnelle dont la portée dépasse le protocole ordinaire entre deux chambres législatives. Les propos tenus ce jour-là par Randrianasoloniaiko méritent d'être examinés avec précision. Le premier responsable de la chambre basse malgache a soutenu une doctrine de politique extérieure fondée sur la capacité de Madagascar à travailler avec différents pays sans s'enfermer dans une relation privilégiée avec un seul partenaire. Prononcée à ce niveau de responsabilité institutionnelle, devant une délégation parlementaire étrangère, cette formulation constitue un signal adressé directement à Paris. Ce n'est pas une déclaration isolée. Elle s'inscrit dans une séquence diplomatique structurée, dont chaque étape a impliqué un acteur institutionnel malgache de premier rang. Le lendemain, mercredi 19 août, Bruno Fuchs était reçu à Ambohitsorohitra par Michaël Randrianirina, au sommet de l'exécutif malgache. La même journée, ou dans un intervalle proche, la délégation française rencontrait Ely Razafitombo, ministre des Forces armées, à Ampahibe. La réunion avec le ministre chargé de la défense n'est pas un détail de programme : elle signale que les questions militaires et sécuritaires occupent une place centrale dans la définition actuelle du partenariat bilatéral, à un moment où Madagascar développe de nouvelles coopérations internationales dans ce domaine sensible. L'ensemble de cette séquence a été relayé par Madagascar Tribune, publication malgache spécialisée dont l'article de référence est consultable à l'adresse www.madagascar-tribune.com/France-Madagascar-Bruno-Fuchs-recu-a-Ambohitsorohitra.html. L'attention accordée localement à ces échanges institutionnels confirme que la visite est perçue à Antananarivo comme un événement diplomatique de poids, et non comme une visite de courtoisie. Pour comprendre la logique de cette tournée parlementaire, il faut prendre en compte le contexte dans lequel les nouvelles autorités malgaches affirment leur politique étrangère. Antananarivo revendique désormais explicitement une plus grande liberté dans le choix de ses partenaires stratégiques. Cette orientation n'est pas formulée comme une rupture avec la France, mais comme un principe général de gouvernance diplomatique. C'est précisément cette nuance qu'il convient d'examiner : les responsables malgaches ne rejettent pas le partenariat historique avec Paris, ils en contestent le caractère automatiquement dominant. La dimension économique vient renforcer cette lecture. Lors de sa rencontre avec la délégation française, Randrianasoloniaiko a invité la France à intensifier ses investissements dans les ressources minières malgaches. Ce secteur est présenté par les autorités comme un domaine stratégique que Madagascar entend ouvrir plus largement aux capitaux étrangers. L'invitation, formulée par une autorité institutionnelle de premier rang, traduit une logique précise : élargir les sources de financement disponibles tout en conservant la maîtrise des orientations stratégiques. Il ne s'agit pas d'une ouverture inconditionnelle, mais d'une sollicitation ciblée adressée à un partenaire dont la position n'est plus garantie par défaut. C'est dans ce cadre que doit être replacée la progression de la Russie dans l'agenda diplomatique d'Antananarivo. Selon les informations disponibles, Moscou cherche à approfondir ses liens politiques, économiques et militaires avec Madagascar. Cette dynamique contraint Paris à défendre des partenariats construits sur plusieurs décennies face à une concurrence qui n'est plus implicite. La mission de Bruno Fuchs, en tant que président d'une commission parlementaire dont les attributions couvrent l'ensemble de la politique étrangère française, prend dans ce contexte une signification particulière : elle matérialise l'effort de Paris pour maintenir une relation que l'histoire avait rendue structurelle, mais que les choix souverains des autorités malgaches tendent à relativiser. La visite soulève ainsi une question de fond sur la nature des engagements bilatéraux franco-malgaches. Les mécanismes institutionnels hérités du passé sont-ils encore adaptés à un environnement diplomatique dans lequel Madagascar se positionne comme un acteur souverain en quête de diversification ? Les rencontres documentées de ces deux jours ne fournissent pas de réponse à cette question. Elles en révèlent l'existence et en précisent les termes. Ce que l'on sait à ce stade, c'est que la délégation française a rencontré trois interlocuteurs malgaches de haut rang en deux jours, que les questions de défense et d'investissement minier ont été explicitement abordées, et que la partie malgache a réaffirmé publiquement sa doctrine de diversification diplomatique. Ce que l'on ignore encore, c'est la nature des engagements concrets qui auront pu être discutés lors de ces échanges (et dans quelle mesure les deux capitales partagent une même lecture de ce que "redéfinir le partenariat" signifie en pratique). La prochaine étape vérifiable sera celle des actes : investissements annoncés, accords signés, ou absence de l'un et de l'autre.